Histoire et situation

    Situation géographique

 Tlemcen est l'ancienne capitale du Maghreb precedant l'État d'Alger, située à 800 m d'altitude, Tlemcen s'étale sur le versant septentrional des Monts éponymes, l'un des chainons de l'Atlas Tellien dans sa terminaison occidentale extrême. la circonscription administrative renferme quatre zones naturelles resserrées s'étalant du nord au sud: Un littoral réduit à une bande étroite ne comportant pas de plaine littorales mais seulement une chaîne côtière, celle des Traras qui bord la mer de falaises abruptes ouvertes seulement par la baie de Ghazaouet de l'embouchure de la Tafna, celui-ci, désormais distrait de la wilaya depuis le dernier découpage administratif. Formés de roches sédimentaires plissées autour de noyau cristallin du Djebel Fillaoucène (1100 m). les Traras comportent des pointements et coulées volcaniques récentes d'âge mio-pliocène, liées à des mouvements récents. Ils se raccordent vers l'est par les Monts des Sebaa Chioukh, au-delà de Béni Saf aux chaines telliennes du Tell oranais ( Tessala).

Au Sud des Traras, le bassin de Tlemcen est formé par les gradins intérieurs du bourrelet Nord des chaînes atlasiques, s'abaissant de 800 m au pied des Monts de Tlemcen à 200 m au pied des Traras: ce plan incliné est recouvert d'un épais manteau de dépôts alluviaux marins d'âge miocène, puis lacustres au Nord, d'âge plus récent, pliocène. Il a été fortement disséqué en lanières par les petits affluents de la Tafna venant heurter la chaîne côtière, avant de rejoindre l'Oued Tafna en traversant la chaîne en gorge, particulièrement illustrée par la trouée en amont de la Pierre de Chat (au carrefour de la RN 22 Honaïne). Les Monts de Tlemcen et de Sebdou représentent les gradins supérieurs du bourrelet atlasique formés de plateaux karstiques constitués de calcaires jurassiques plissés s'élevant rapidement en escalier, le long de flexures et failles de 800 m ( Tlemcen) ai 100 m (plateaux des Béni Ournid et des Béni-Snous) et 1 300 m (plateau de Sebdou) jusqu'à des sommets atteignant 1 800 m sur leur bordure méridionale dominant les Hautes Plaines steppiques (mont de Tenouchfï). Les Hautes Plaines d'El-Aricha ne sont pas ouvertes au Sud sur le bassin du Chott-Ech-Chergui, mais forment, à plus de 1 100m d'altitude, une zone tabulaire avant de se terminer au Nord de la cuvette du Chott-Al-Gharbi. En définitive, l'Oued Tafna représente l'axe hydrographique de cet ensemble.Issu d'une causse atlasique par des gorges encaissées, comme ses affluents (Oued Isser et Oued Saf Saf), la Tafha est rejetée, après la traversée de Maghnia de la partie Est des plaines centrales du Maroc, au plus ceux du bassin de Tlemcen qu'elle longe sur son bord Nord, du sud-ouest vers le nord-est, avant de s'encaisser de nouveau dans les Traras pour se jeter dans la mer de Rachgoun en aménageant une baie exiguë située à l'ouest de Béni Saf.
Une région exposée à l'aridité, de par cette situation géographique, du moins comme le reste de l'Oranie, une nuance particulièrement aride du climat l'affecte, de surcroît sensiblement aggravée au cours des deux dernières décennies. C'est ainsi que même dans la zone méditerranéenne, une aridité marquée prolonge vers l'Est les aspects semi-désertiques de la basse Moulouya. Seuls les versants nord ouest des Traras et les pentes exposées au nord-ouest des gradins atlasiques (parties hautes du bassin de Tlemcen) reçoivent une moyenne proche de 600 mm /an. Plus que jamais, des moyennes qui masquent de si grandes oscillations annuelles et interannuelles.

Étymologie de la ville

du mot Zénète Tilimsan composé de Telem et sin qui veut dire "fait de terre et de la mer". Le mot est cité par Tabari pour la première fois , il mentionne Tlemcen en parlant des Banou Ifrenla Kalaa de Tlemcen irigée par des Banou Ifren et fut appelée Agadir.

Aussi, Tlemcen viendrait du berbère rifain (berbère zénète parlé par les Rifains.) L’ explication qui lie étroitement l'origine du nom de la ville à celle de son passé berbère n'est pas la seule. Si Tili- est effectivement proche de Tala qui signifie « source », une tradition orale affirme que l'appellation est arabe; elle serait la contraction de deux mots Tlem et Insan, soit Tlem'san , signifiant lieu de rencontre. Le nom aurait été donné à la ville en raison justement de sa position centrale le long des voies de circulation des biens et des flux migratoires entre l'est et l'ouest, ainsi que le nord et le sud Les informations sur l'origine du nom de la cité qui fut un royaume au Maghreb proviennent de la tradition orale, dominante pendant très longtemps. Il est étrange qu'aucun texte n'ait étayé ni l'une ni l'autre des hypothèses, alors que Tlemcen a abrité l'un des plus illustres collèges: la Medersa

Histoire

  La proche région de Tlemcen a été habitée à l'époque néolithique, ce dont témoigne la découverte en 1875 par G. Bleicher de haches polies dans les grottes de Boudghène. En 1941, M. Estaunié a mis à jour à Bab El Qarmadin, un magnifique polissoir néolithique actuellement conservé au musée de la ville. Nous dénombrons trois gisements préhistoriques importants dans la région: le lac Kara à 1 km au Sud de Remchi; les abris sous roches de la Mouila à 5 km au Nord de Maghnia et le gisement dit "d'Ouzidan" à 2 km Est de Aïn El Hout. Les abris de la Mouila et de Boudghène présentaient les meilleures conditions d'habitat pour l'homme préhistorique qui s'y est fixé durablement, séduit par un emplacement qui verra naître une cité prestigieuse.

Tlemcen fut le royaume des Zénète dans l'antiquité. A la fin du IIe siècle , un poste militaire romain fut installé sur un piton rocheux qui domine la plaine de Chetouane (anciennement Négrier). "Pomaria", est un nom latin qui signifie "vergers", sans doute en référence à la plaine fertile qu'il domine. C'est l'acte de naissance d'une cité qui va jouer un rôle religieux puisqu'elle allait devenir le siège d'un diocèse catholique : l'évêque Victor, qui y officia, a joué un rôle important au Concile de Carthage de 411.Vers 17  après J-C, Tacfarinas souleva toutes les tribus Gétules ( Zénètes) contre la présence romaine. Il mourut dans la région de Pomaria .Les seuls vestiges de cette époque romaine sont des pierres tombales enchâssées dans la structure du minaret d' Agadir
De la fin de la domination romaine à la pénétration musulmane, on connait peu de choses de l'histoire de cette région. C'est ce qu' Emile Félix Gautier appelle les "Siècles obscurs du Maghreb". Période caractérisée par l'anarchie et le morcellement politique et l'apparition de principautés berbères dirigées par des roitelets locaux. De 429 et jusqu'aux Idrissides de 789 à 974 la cité prit le nom berbère d'"Agadir" ce qui signifie rocher, fortin.

Selon Ibn Khaldoun la région était le royaume des Zénètes ( dont les Banou Ifren et les Maghraoua ) avant l'arrivée des Omeyades. Ces tribus s'adonnaient à la vie pastorale et à l'agriculture. Ce sont les Banou Ifren qui fondèrent Agadir. Le même auteur signale que les Maghraoua furent les premiers berbères à discuter avec le calife Uthman ben Affan lors de l'avènement de l' Islam et Ouezmar Ibn Saclab fut leur premier ambassadeur auprès du calife qui le désigna pour gouverner les zenètes.

De 767 à 776, avec à leur tête Abou Qurra qui rassembla toutes les tribus kharidjites du Maghreb, les Banou Ifren d'obédience sufrite prirent une part active à la révolte kharidjite qui secoua l'Afrique du Nord peu après l'arrivée des Arabes.

En 789, la cité était sous suzeraineté Idrisside en raison de la soumission des Banou Ifren et des Maghroua à Idrîs Ier.

À la chute des Idrissides, Agadir passa sous la direction d'émirs Maghraoua (les Béni Khazer), puis Banou Ifren ( les Yala dont le chef était Yala Ibn Mohamed).

Ce dernier fut tué par Jawhar al-Siqilli (chef Fatimides), ce qui provoqua un grand conflit dans toute la région de Tlemcen .Les Maghraoua et les Banou Ifren s'unirent contre les Zirides vassaux des Fatimides. Cette union des Zénètes leur permit de rester souverains dans la région Ouest du Maghreb. Mais Ziri Ibn Attia, chef des Maghraoua fit une alliance avec les Zirides ce qui provoquera la réaction de Yeddou des Banou Ifren qui fit la guerre aux trois grands du Maghreb: Maghraoua , Zirides et Omeyades. Yeddou fut vaincu par Ziri Ibn Attia.

Ce conflit provoqua la conquête des villes de Fès, Salé, Oujda, Oran, Tanger, Tiaret etc. Les Maghraoua et les Banou Ifren chassérent les Berghouata et tout le Maroc actuel fut sous domination de ces deux tribus qui se battront pour garder Fès comme capitale. Tlemcen perdit son titre.

Ziri Ibn Attia vaincu par les Omeyades, plusieurs chefs des Ifrenides et des Maghraouides vont diriger toute la région. Mais, le conflit entre les deux dynasties demeurera jusqu'à l'arrivée des Almoravides.

Les Banou Ifren furent attaqués par la coalition Hammadides - Hilaliens en 1058 , et ces derniers l'emportèrent. Abou Soda des Banou Ifren de Tlemcen fut le dernier commandant des troupes Zénètes à tenir contre les attaques de cette coalition]. Après sa défaite, presque tout le Maghreb sera sous contrôle des Hilaliens et du restant des Hammadides.

La dynastie Ifrenide a été reconnue comme étant la seule dynastie qui a défendu les Africains dans le Maghreb
Les Almoravides vont écraser la domination Zénète au Maroc et dans une partie de l'Algérie

Au XIe siècle (1080), avec l'installation des Almoravides, le site de la ville fut déplacé un peu plus à l'Ouest : c'est "Tagrart" (station) qui devint, après Marrakech, la seconde capitale de l'empire qui englobait le Maroc actuel et une partie de l'Algérie occidentale. C'est à cette période que l'on commença à employer le mot Tilimsàn. La nouvelle ville annexa Agadir au cours de son expansion.

La ville de Tlemcen connaitra une certaine dynamique dans la construction sous les Almoravides.

Au XIIe siècle, Abd El Moumen entra en 1145 à Tagrart en conquérant après avoir détruit ses remparts. Tlemcen par son rôle stratégique, devenait un chef lieu de province. Les Almohades y travaillèrent à l’envi; ils firent édifier des châteaux, de grandes maisons, des palais et de solides remparts. Ils contribuèrent ainsi à l’évolution de Tlemcen, où était frappée leur monnaie et où ils construisirent des foundouks (caravansérails), et un port à Honaine pour le commerce transafricain et méditerranéen. les Almohades y édifient des fortifications et coexistent deux cités. Une est habitée par les officiels et la seconde par les habitants. A cette époque, Tlemcen est un centre commercial de premier plan et la capitale du Maghreb central. Le royaume de Tlemcen, fondé en 1235, connaît un destin hors du commun. Ce royaume est d'abord dirigé par Yghomracen Ibn Zyan, de la dynastie Zénète des Abdalwadides pour un règne qui va durer près de cinquante ans.

Yghomracen Ibn Zyan prend Tlemcen et fait construire une grande mosquée. Son règne est rapporté par Ibn Khaldûn, qui mentionne des anecdotes à son sujet. Ainsi, le roi qui est décrit comme magnanime se riait des généalogistes qui voulaient le faire descendre du prophète Mahomet, et devant ceux qui voulaient inscrire son nom sur un minaret qu'il avait fait élever à Tlemcen, il répondit dans la seule langue qu'il connaissait, le berbère : « Dieu sait » (Issen Rebbi)

En 1370, Ibn Khaldûn est venu se réfugier chez le sultan Zianide de Tlemcen, Abou Hammou Moussa II, alors qu'une guerre éclate entre la cité et Fès. Il y assume les fonctions de grand vizir de la cour, l'un des plus hauts postes qui lui ait été attribué, et prend en charge une mission à Biskra, en vue de recruter des soldats parmi les tribus arabes des Dhawawidas. Son séjour à Tlemcen constitue ainsi une étape très importante dans sa vie. Durant ses différents passages à Tlemcen, il enseigne aussi dans la médersa Khaldouniya, située dans le quartier d'El Eubad à proximité de la mosquée de Sidi Boumediene et considérée comme un joyaux architectural. À son apogée, au XVe siècle, cet État contrôlait un territoire allant de l'Atlas à l'actuelle Tunisie. Il attirait les savants et les artistes de toutes parts. Cette ville était aussi un centre d'études musulmanes, qui comptait cinq médersas renommées. Les Tlemceniens admiraient Sidi Wahhab, qui fut le compagnon du prophète et qui, venu à la suite de Oqba avait été enterré dans la ville ; Sidi Daoudi, le grand saint du Xe siècle et surtout Sidi Boumediene, le célèbre mysthique andalou du XIIe siècle. La société tlemcénienne était « polie, dévote et cultivée », d'après Georges Marçais.

En 1553, l'effondrement des trois dynasties du Maghreb (Mérinides, Abdalwadides et Hafsides) donne naissance — vu la disparition de toute autorité centrale — en Algérie en particulier, à une multitude de villes-royaumes et cités-État telles que: royaume de Ténès, royaume d'Alger, royaume de Cherchell...etc. Simultanément à ce démembrement, les attaques sur les villes du littoral, menées par les Espagnols, sèment la peur et la désolation chez les populations d'alors qui font appel comme l'émir d'Alger aux célèbres corsaires Aroudj et Khair-Eddine Barberousse pour assurer leur défense. Le royaume de Tlemcen passe alors sous la protection ottomane. Cette transition qui s'est déroulé durant l'agonie de la dynastie des Abdalwadides ne s'est pas faite facilement. En effet, très vite apparaissent des conflits : Aroudj exécute l'émir d'Alger dans son bain et pourchasse ses fidèles, qu'il poursuit jusqu'à Tlemcen. Mais le sultan de Tlemcen, allié au gouverneur espagnol d'Oran, surgit avec ses troupes, chasse Aroudj de Tlemcen et finit par le tuer.

Un troisième frère d'Aroudj, Ishaq, prit une faible part à la fondation de la Régence d'Alger. Nommé roi de Ténès avec résidence à El Kalaâ, il fut assassiné en 1518, au moment où il sortait de la capitale qu'il venait de livrer par suite d'une capitulation à l'armée espagnole commandée par Dom Martin d'Argote, qui avait amené avec lui les contingents musulmans restés fidèles à Abou Hammou, Sultan de Tlemcen.

Khizr, frère de Aaroudj, prit sa succession à Alger et se fit appeler « Khayr ed-Din » (« le Bien de la Religion »). Nommé Capitan Pacha (Grand Amiral) de la flotte turque et beylerbey (gouverneur) des îles, il se montra plus prudent que son frère, et dirigea depuis sa capitale ses armées.

La mosquée de Sidi Boumédiène

Cette capitale de l'Ouest oranais a longtemps été considérée comme la « Jérusalem du Maghreb » par les Israélites algériens qui y ont gardé leurs lieux saints. Djéma el Kébir, la Grande Mosquée, bâtie au XIe siècle et ornée par des artisans tlemceniens , moderne de lignes est un joyau de l'architecture arabo-mauresque.

La mosquée de Sidi Boumediene qui a été construite au XIVe siècle par un sultan mérinide, le « sultan noir », de style hispano-mauresque. Le minaret est orné de briques et de céramiques polychromes.

Si la présence arabe ne remonte qu'au VIIIe siècle, l'origine des communautés juives en Afrique du Nord a été constaté plus de dix siècles avant Jésus-Christ, et leurs colonies étaient déjà nombreuses sous l'occupation romaine, d'abord sur le littoral puis dans l'intérieur du pays. Longtemps, les juifs n'eurent pas le droit de résider à l'intérieur des murs de la Cité. C'est seulement en 1393, grâce aux mérites du rabbin Ephraïm Enkaoua, qu'ils furent autorisés à franchir les remparts. Ils y vécurent en vase clos, dans le mellah (« ghetto ») jusqu'à l'arrivée des Français, mais ils sont toujours restés attachés à la langue arabe.

Minaret des ruines de Mansourah, mosquée bâtie sous le sultan mérinide Abou Yacoub

De toutes les villes de l'Ouest oranais, Tlemcen est celle qui fut la moins pénétrée par l'immigration espagnole. La limite de cet exode ibérique du milieu du XIXe siècle semble avoir été la région de El Malah (Rio salado), Sidi-Bel-Abbès et Beni-Saf.

Tlemcen eut des échanges divers avec l'Espagne musulmane par des échanges et apportera aides militaires contre la Reconquista Chrétienne. Les Nasrides signent des traités de paix avec les souverains Zianides de Tlemcen, ils deviennent alors alliés contre la Couronne d'Aragon et les Mérinides. Plusieurs Sultans de Tlemcen furent élevés dans les cours d'Al-Andalus, comme le quatrième roi de la dynastie des Banou Abdelouad, Abou Tachfin fils d’Abou Hammou, élevé à la cour Nasride de Grenade où il recevra son initiation princière au palais de l’Alhambra. Tlemcen est restée longtemps une ville amarrée à l’Andalousie décrite et chantée par ses poètes. Les habitants des deux capitales avaient beaucoup d’affinités et partageaient les mêmes traditions dans l’habillement, l’art culinaire enfin, le parler avec ses inflexions particulières communes. Les poètes andalous, Ibn Khafadja, Lissan Eddine Ibn el Khatib, le soufi Mahieddine Ibn Arabi de Murcie témoigneront chacun de sa beauté, la comparant souvent à Grenade. Tout comme les poètes, les princes zianides feront également des séjours fréquents en Andalousie. Honaine le port de Tlemcen, était distant de Murcie de deux jours de bateau seulement, ce qui la rendait très proche par mer et plus que d’autres villes dans le Maghreb, de Murcie. Cette proximité rendait plus ou moins facile les échanges entre Tlemcen et Grenade les deux capitales zianide et nasride au destin commun né, qui, rappelons-le, au même moment, sur les décombres de l’ancien empire almohade au XIIIe siècle s’y sont taillés des royaumes. Le grand poète tlemcenien Ibn el Khamis (XIIIIe siècle) passa plusieurs années de sa vie à Grenade où il mourut.

L'influence andalouse s'accentua au XIIe siècle, lorsque la reconquête dirigée par les rois chrétiens et achevée par les Rois Catholiques fit refluer sur l'Afrique du Nord les Moros (maures) qui sont à l'origine de ces communautés andalouses qui ont gardé les clés de leurs maisons abandonnées en Andalousie mauresque, ainsi que leur connaissance, genre musical et poétique. L’arrivée de ces Andalous raffinés et industrieux va d’ailleurs aider Tlemcen à s’ériger en vraie capitale arabo-musulmane avec ses palais, ses mosquées, ses médersas, ses fondouks, son commerce transsaharien et méditerranéen et, enfin, une riche vie de cour à l’intérieur du Méchouar et où les musiciens avaient une place d’honneur autant que les poètes et les artistes. Tlemcen était à cette époque, l’une des cités du Maghreb les plus propice à la création et à l’épanouissement intellectuel et dont l’influence sera grande dans tout l’Occident musulman. D'après l'historien tlemcenien Al-Maqqarî, après la chute de Grenade, de nombreux membres du clan Bannigas ont abjuré l'Islam et ont ainsi formé le noyau de la famille chrétienne des Venegas, cela-dit, d'autres membres du clan ont gardé l'Islam pour religion et se sont réfugies à Oran. Quant à Boabdil, il est allé vivre à Fès avec certains membres de sa famille, d'autres sont venus à Tlemcen, comme son oncle Mohammed XIII az-Zaghall où il sera enterré dans la nécropole royale zianide de Sidi Brahim. Sa pierre tombale sera découverte en 1848, elle fut présentée pour la première fois à l’Exposition universelle de Paris en 1889. Dans ce Maghreb complexe où informations, ouï-dire, rumeurs, imprécisions historiques et propagandes se chevauchent, il est nécessaire de se baser sur des archives authentifiées et indiscutables. C'est pourquoi, à ce jour, les écrits du Tlemcenien Al Maqqari sont les plus vraisemblables.

A Tlemcen, un nombre relativement important d’Andalous et de Morisques y trouveront la paix, dont de nombreux juifs, fuyant l’inquisition des Rois Catholiques pendant la Reconquista. Avec ces exodes, c'est une partie de la mémoire andalouse qui va également émigrer dans cette ville. Elle sera, l'une des héritières d'Al-Andalus de par son art de vivre et de ses legs philosophiques et artistiques.

L'Histoire de Tlemcen signale que dans cette ville 50.000 Andalous, venus du royaume de Cordoue, trouvèrent asile; on reconnaît aujourd'hui encore leurs descendants à leur costume particulier, plein d'élégance et de faste, et surtout à leur large ceinturon de soie aux couleurs chatoyantes ; de même qu'on reconnaît leurs maisons de style mauresque, avec le patio formé de galeries à arcades, les vasques à jet d'eau, les parterres de jasmins et de giroflées. Signalons encore que dans le langage de cette ville, qui, pourtant, ne fut pas touchée par les prolongements de la Reconquista, ni investie par les réfugiés espagnols de 1936-39, se mêlent des mots comme rojo/a, moreno/a, cuadra, barato, gusto, falta, miseria,

Il y a, sur la route du Maroc, les ruines imposantes de Mansourah (la Victorieuse), cette métropole provisoire de brique rouge qu' Abou Yacoub, construisit à portée de flèche de la capitale du Maghreb central qu'il voulait conquérir et qui devint, après la prise de Tlemcen, sous le sultan mérenide Abu al-Hasan ben Uthman qui en fit un temps le siège du gouvernement mérinide pour le Maghreb central.

 

 

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